Contexte Historique et Théologique des Apparitions de Medjugorje

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Les parallèles dans l’histoire du salut

L’histoire et l’Écriture Sainte peuvent nous servir de maîtres et de guides en toute circonstance et dans toutes nos réflexions. Ils nous offrent suffisamment de matière de réflexion, surtout dans le contexte de Medjugorje et du retournement historique que signifiait la chute du communisme en ces deux dernières décennies du siècle et du millénaire. Le communisme s’est écroulé tout seul, il n’était pas nécessaire de l’affronter par la force des armes. Pourquoi en a-t-il été ainsi ? Les raisons en sont nombreuses. Tout d’abord, les idéologues et les leaders eux-mêmes ne croyaient plus à leurs idées de création d’un avenir meilleur et d’un lendemain plus heureux, fondés sur les principes économiques ou sur un plus grand produit national brut. Ensuite, il était devenu impossible de maintenir le monde sous la terreur de la force de répression et d’oppression de la pensée, de l’expression et de la décision. Je comparerais la chute du communisme à la chute de Jéricho décrite dans le Livre de Josué : souvenons-nous de l’entrée des Hébreux en Terre Promise et de l’écroulement des murs de Jéricho. La Bible interprète l’événement par une intervention directe de Dieu dans l’histoire du peuple élu. Les murs ne se sont pas effondrés à cause de la force humaine, mais grâce à la prière, aux chants et aux processions, qui signifient l’action directe de Dieu qui conduit et oriente l’histoire. C’est le signe que Dieu lui-même donne la terre à son peuple venu de l’étranger, du désert, après des dizaines d’années d’errance dans les régions arides. Les murs ne sont pas tombés à cause de la puissance militaire ou de la puissance tout court, mais à cause des cantiques, des processions diurnes et nocturnes avec l’Arche d’Alliance autour d’eux. Le triomphe et la victoire se résument à ce seul instant qui devrait être pour toujours et pour tout le peuple le signe qu’il ne doit pas se fier à lui-même mais compter sur Dieu qui fait tomber les forteresses. Cet événement est très vite tombé dans l’oubli à cause de la déchéance morale, du péché, des trahisons individuelles et collectives à l’intérieur du peuple. La vie dans le nouveau contexte continue à être menacée par toutes sortes d’agressions et de violences, mais c’est la déchéance interne au peuple qui permettait aux agresseurs de le conquérir et de se le soumettre plus facilement. Souvenons-nous de ce qui s’est passé avec Jéricho et de la malédiction prononcée par Josué : « Maudit soit, devant Yahvé, l’homme qui se lèvera pour rebâtir cette ville ! Il la fondera sur son aîné, et en posera les portes sur son cadet ! » (Jos 6,26). Dans le Premier Livre des Rois (16,34) il est dit : « De son temps, Hiel de Béthel rebâtit Jéricho ; au prix de son premier-né Abiram il en établit le fondement et au prix de son dernier-né Segub il en posa les portes, selon la parole que Yahvé avait dite par le ministère de Josué, fils de Nûn. »

L’image d’un tissu tramé d’accomplissement et de responsabilité (sous la menace d’une punition clairement exprimée), composé d’ordres et de dons de la grâce, s’impose involontairement lorsque nous observons les processus politiques, les bouillonnements et la chute du communisme dans l’histoire la plus récente. Certains yeux et certaines oreilles considéreront comme inopportun l’exemple des murs de Jéricho, des trompettes et des processions autour des murailles. Nos contemporains, éclairés ou se considérant comme tels, n’y croient plus depuis longtemps : nous sommes néanmoins témoins d’un processus semblable qui s’est déroulé parmi nous. Ce qui s’est passé avec le choix d’un cardinal polonais pour Pape, et ce qui s’est déroulé après Medjugorje – donc la chute du communisme en 1989 – n’a pas encore été suffisamment élucidé est reste sans explication du point de vue de la théologie de l’histoire, peut-être parce que la chute du communisme s’est passée il y a six ans à peine. Quoi qu’il en soit, c’est sans doute le retournement le plus décisif dans l’histoire du monde et de la civilisation. L’initiateur du processus de la chute du communisme est sans aucun doute le Pape : il a été le premier à percer le rideau de fer, d’abord à l’intérieur de son peuple polonais, puis en posant des signes clairs en faveur d’une vie plus humaine et plus libre. L’année 1989 est une date historique devant laquelle on ne peut que tomber à genoux, admirer et dire librement : Dieu ne s’exprime pas seulement par des mots : il est à l’œuvre. Selon Jésus, il faut clairement lire « les signes des temps ».

Nous prendrons ici l’exemple du Pape actuel, seule autorité morale contemporaine reconnue par toute l’humanité. Il est le pasteur de toute l’humanité ; conscient de la mission qui lui a été confiée par Jésus Christ et de la force qui le soutient, il s’offre à elle comme guide. C’est un Pape explicitement marial qui a dit après son élection : « J’appréhendais cette élection, mais je l’ai acceptée dans l’obéissance à notre Seigneur Jésus Christ et avec pleine confiance en notre Très Sainte Maîtresse… C’est ainsi que je me tiens aujourd’hui devant vous, confessant notre foi commune, notre espérance et notre confiance en la Mère du Christ et la Mère de l’Église. » Lorsque l’histoire de l’Europe et du monde contemporain, l’histoire du communisme mondial et de sa chute, de sa débâcle et de son implosion sera écrite, le Pape actuel y aura sans doute une place unique, honorable et historique. Qui ne se souviendrait des images impressionnantes où l’on reconnaît si bien la confiance du Pape, son assurance, sa résolution, sa supériorité aux leaders et aux « pointures » contemporains, surtout communistes. Si l’on cherche une image fortement significative de la chute du communisme, de l’idéal marxiste et de la fragilité générale de ce système, ce serait une photo du Pape actuel, une photo qui a fait le tour du monde, prise à l’occasion de sa visite dans sa patrie - la Pologne - après avoir été élu successeur de Pierre. La dictature militaire règne en Pologne. Sur le podium, devant une foule d’environ un million de personnes, apparaissent le Pape Wojtyla et le leader de la junte militaire, le général Jaruzelski. L’un représente la force et la puissance militaire, la force des armes, la terreur, la violence, le système de représailles, le communisme athée, mais ce qui lui manque, c’est le soutien du peuple. L’autre sur le podium, fragile, représente Jésus Christ, l’éternité, la Parole de Dieu et la promesse. La force et les armes face à la Parole de Dieu et à l’éternité. Le puissant général dont la force repose sur des pieds d’argile, face au Pape qui parle avec puissance et une force de conviction que seul l’Esprit Saint peut donner. Il parle sans trembler, alors que le général Jaruzelski, lorsqu’il prend ses notes dans les mains, tremble, ses paroles se perdent ou s’arrêtent dans sa gorge, il a peur. En réaction aux paroles du Pape, ses mains tremblent, une sueur froide le saisit. Autrefois, le dictateur Staline demandait ironiquement combien ce Pape de Rome avait de divisions, alors que Jaruzelski n’osait même pas y penser, car il était conscient de la puissance que cet homme représentait au yeux du peuple : il savait que toute la Pologne et le monde entier étaient derrière lui. Il savait ce que représentait une dictature militaire, et il avait de quoi avoir peur, car l’histoire du monde prenait un tournant autre que le communisme. Un Pape porte en lui la force originelle de la foi chrétienne, de cette foi qui vit et qui est annoncée simplement, d’une manière compréhensible, sans apologétique inutile, la foi d’un témoignage simple après lequel languit le monde moderne.

L’élection du Pape actuel, puis les apparitions et les événements de Medjugorje, et finalement l’effondrement du communisme représentent sans doute la plus profonde rupture dans toute l’histoire de l’Europe, et non seulement en ce qui concerne le peuple croate et tous les peuples assujettis à la terreur communiste, mais aussi en ce qui concerne la fin de la guerre froide et de l’affrontement Est-Ouest. Ce qui devrait nous surprendre davantage encore, c’est le fait que ce processus et cette réalité aient été un événement révolutionnaire accompli sans protagoniste explicite, sans personnalité historique marquante, sans programme précis, sans stratégie et, encore plus remarquable et sans précédent dans l’histoire de l’humanité, sans effusion de sang (faisant, bien évidemment, abstraction de cette guerre génocidaire qui se déroule sur les territoires d’ex-Yougoslavie). L’historien en est frappé et reste étonné, sans être en mesure d’en donner les raisons et les causes suffisantes : ou bien il sera obligé de renoncer aux liens de cause à effet, ou bien il acceptera l’idée et se familiarisera avec la possibilité que – en ce moment historique – nous sommes confrontés à une telle intervention personnelle de Dieu dans l’histoire. Il est douloureux de se rendre compte que cette sensibilité nous fait défaut et que nous ne rendons pas grâce à Dieu pour ce qu’il fait. Ceci n’est pas encore venu à notre esprit, et nous n’avons pas compris les profondeurs et toute la signification de ces événements. Si Dieu est à l’œuvre, alors nous n’avons pas de plus grande obligation que de nous positionner par rapport à cet événement avec justesse, justice, dignité et reconnaissance, en tant qu’hommes et en tant que chrétiens. Si le miracle historique existe, alors ce qui s’est produit est un vrai et immense miracle de notre époque.

En ce qui concerne les miracles, nous avons l’habitude de les voir uniquement là où un individu, dans son corps, sans médecin et sans médicament, fait l’expérience de la guérison. Et pourtant, les miracles ne sont pas limités aux seuls destins individuels. Les miracles existent dans l’histoire. Il nous faudrait ici apprendre quelque chose des Juifs et du Judaïsme. Les Juifs ont considéré toute leur histoire comme un dialogue avec leur Dieu, comme un miracle en devenir, en continuation et en action. C’est pourquoi la chute du mur de Berlin et de tous les autres murs dans le monde ressemble à un miracle. Les murs idéologiques qui ont divisé l’Europe et le monde entier n’existent plus dans leur forme ancienne. Ces murs n’ont pas été abattus par la force des armes ou par la violence, mais par la prière persévérante et la révolution des cierges, par l’irruption de l’Esprit et de la dimension spirituelle dans le monde, par tant de marches en faveur de la liberté qui étaient plus puissantes que le fil barbelé et les murs de béton. L’Esprit a manifesté sa force et sa puissance, la trompette de l’Esprit et les gémissements de l’esprit après la liberté se sont révélés plus forts que les murs et les prisons dans lesquels se trouvait enfermée la liberté de l’homme. Nous ne nous permettrions jamais de parler avec légèreté de l’implication de Dieu, mais nous avons la possibilité, réelle et tangible, d’y penser dans nos réflexions, car c’est précisément la foi en Dieu qui a donné le ton à ces actions de l’Esprit et à ces nouvelles trompettes de liberté de Jéricho.

Les portes fermées et verrouillées se sont ouvertes, les murs de séparation ont été abattus. Un souffle de liberté s’est manifesté : tout cela sont des processus porteurs de consolation et d’encouragement qui se manifestent dans l’histoire la plus récente, dont Medjugorje fait partie, dont il est, en fait, un vrai contemporain et initiateur. Il ne nous faut pas perdre de vue ces processus : ils restent pour nous un panneau indicateur et le fondement de notre espérance. Nous ne devons pas non plus faire abstraction ni perdre de vue ce qui, dans l’histoire d’Israël, a suivi l’effondrement des murs de Jéricho. La joie et l’enthousiasme, le bonheur et l’exaltation à cause de la prise de la ville se sont transformés en un morne quotidien ; l’enthousiasme a cédé la place aux préoccupations et aux soucis de la vie quotidienne. Pour qu’un peuple subsiste, il ne lui suffit pas de vivre dans un même état ou dans un même pays. L’oubli de Dieu et l’injustice sociale, l’égoïsme débordant et la conception égoïste de la liberté ont poussé le peuple tout entier à la déchéance intérieure et à la décadence morale et spirituelle, au bout desquels nous trouvons un nouvel esclavage et la domination des étrangers et des ennemis du peuple. La déchéance intérieure, morale et éthique conduit à une nouvelle perte de la liberté, dont chaque page du Livre des Juges parle avec clarté. La liberté, y compris celle de l’époque post-communiste, paraît quand même trop exigeante. On ne la reçoit pas servie sur un plat, elle disparaît au moment où l’homme la veut illimitée. En d’autres termes, la chute du marxisme et du communisme n’engendre pas automatiquement des individus libres, ni des états libres, ni une société saine, ni une personne saine. Souvenons-nous de l’image donnée par Jésus : à la place d’un diable expulsé, l’esprit mauvais en trouvera sept, plus mauvais encore, pour revenir dans la maison balayée et nettoyée, mais vide (cf. Mt 12,43-45). Cette image se répète et se confirme en permanence dans l’histoire. Être libéré du joug du communisme ne signifie pas automatiquement avoir trouvé une nouvelle manière de vivre, ni avoir posé sa vie sur de nouvelles bases. La perte d’une idéologie - qui donnait le ton à toute la vie et qui la portait même d’une certaine manière - peut facilement tourner au nihilisme et à l’égoïsme, ce qui correspondrait au retour de sept esprits mauvais pires encore. Or, qui peut nier le fait que le relativisme omniprésent et l’indifférence auxquels nous sommes exposés ne conduisent pas précisément au nihilisme, à la négation de tout ce qui est positif et humain ?

La question décisive se pose donc à nous : avec quels contenus spirituels pourrons-nous combler le vide spirituel créé dans les âmes et sur la scène spirituelle après l’effondrement du marxisme, plus précisément de la meurtrière et terrifiante expérience marxiste ? Sur quelles bases spirituelles sommes-nous capables de construire un nouvel avenir pour réunir l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud de la planète ? Le travail pour établir un diagnostic de notre situation actuelle et des prévisions en vue du développement, des tâches et des possibilités à venir, doit être mené au niveau mondial, car le destin d’une partie de l’humanité dépend aujourd’hui de l’ensemble des relations entre les peuples : les décisions prises au plus haut niveau se répercutent au niveau le plus bas et vice versa. En parlant de ce qui nous est particulier, nous devons penser à ce qui est global, et inversement, en parlant globalement nous devons penser à ce qui est personnel, particulier.

 


Afin que Dieu puisse vivre dans vos cours vous devez aimer.