Contexte Historique et Théologique des Apparitions de Medjugorje

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Medjugorje et l’histoire du salut

Le contexte historique et théologique de Medjugorje, c’est l’histoire du salut, ce qui n’est pas étonnant ni surprenant dans l’histoire de l’action de Dieu dans le monde et dans sa création. Dieu n’a jamais abandonné l’homme ni l’humanité au désespoir. Lorsque l’homme abandonnait Dieu pour se fier à ses propres forces, ce qui est particulièrement visible dans l’Ancien Testament, il allait régulièrement vers la déchéance et la catastrophe. Israël, et nous aujourd’hui, devons comprendre que ce ne sont pas la puissance économique ou militaire qui font de nous un peuple, mais l’intervention directe de notre Dieu dans notre histoire. Il nous a choisis, il nous a conduits et il nous conduit. Seulement sous la conduite de Dieu il est possible de sauvegarder l’idée pure de Dieu et de mûrir en tant que Peuple de Dieu. L’homme languit après un espace où il pourra souffler, être accueilli, confirmé, il languit après un espace où l’aliénation n’existe pas, où il est chez lui dans la foi et dans la vie. C’est pourquoi il a besoin de l’Église du Dieu incarné, qui est le Dieu de tous les hommes, à l’instar d’un bon hôte. C’est ce que Medjugorje a offert et réalisé dès ses premiers jours.

Si nous considérons rétrospectivement l’histoire de l’Église et du christianisme, nous verrons qu’aux sommets des crises il a toujours eu des signes de changement et de tournant, de retournement, des signes historiques et des signes des temps. Tous les grands réformateurs, restaurateurs de l’Église et de la société, sont apparus au paroxysme des crises. L’apparition de la vie religieuse en Église peut s’expliquer précisément par les états de crise dans l’Église. Les ordres religieux sont une réponse à la crise de la foi. Sur la scène spirituelle nous avons pareillement des phénomènes semblables, des remèdes. Après la réflexion destructrice de Descartes, nous avons le génie de Pascal qui donne de nouveaux paramètres à l’esprit et à la spiritualité européens. Après Kant, Hegel et la philosophie idéaliste, nous avons les existentialistes comme Kierkegaard, et après le nihiliste destructeur qu’était Nietzsche, qui avait déclaré la mort de Dieu, nous trouvons le philosophe russe Soloviev qui affirme que Dieu existe. Quelle que soit la force de la critique de la religion, le miracle du théisme dépasse tous les pièges et tous les problèmes. La critique laisse derrière elle le vide, la frustration et la souffrance, mais au bout du compte, toute critique parle en faveur de ce qu’elle nie : si la religion est niée, la négation même devient le symbole de la nécessité et du besoin de ce qui a été nié. La religion devient une nécessité. L’antichristianisme prononcé est toujours salutaire pour le christianisme, car il met en exergue ses problèmes et sa manière de négliger l’essentiel. Ici aussi nous voyons le rôle thérapeutique de Medjugorje qui apparaît au sommet de la crise de la réflexion occidentale et de la terreur communiste dans le monde entier.

Pour l’homme, dominer signifie servir, sa liberté le relie à la vérité nécessaire intérieure des choses et à l’ouverture à l’amour qui le rend semblable à Dieu. Aussi est-il possible de mettre les événements de Medjugorje et les voyants dans cette catégorie de témoignage fondé sur la raison. Marie, en tant que témoin et prophète, et Dieu qui intervient d’une manière fondamentale dans la vie des personnes qu’il prend à son service. C’est un appel immédiat, psychologiquement inaccessible et inexplicable, et il est impossible de s’y soustraire sans se renier soi-même. Le message de Medjugorje est également prophétique ; Martin Buber dit au sujet du message prophétique que l’esprit prophétique ne raisonne jamais comme l’esprit platonique, à savoir prétendre posséder la vérité générale au-dessus du temps. Il reçoit message après message dans des situations très concrètes, et c’est précisément pour cette raison que sa parole, après tant de millénaires, parle au peuple dans les conditions égales ou différentes de son histoire nationale. Ce message est régulièrement désagréable et angoissant, et une personne devient la voix et le médium de Dieu. Dans notre cas, il s’agit de Marie et de quelques voyants. La relation du prophète à l’avenir n’a rien à voir avec une prédiction. Prophétiser signifie mettre une communauté et l’individu indirectement ou directement devant un choix et une décision. L’avenir n’est pas offert sur la paume de la main comme quelque chose dont on saurait tout, mais il dépend essentiellement de la justesse de la décision, plus précisément de la décision que l’homme prend dans un moment donné, et à laquelle il participe dans un moment historique. Le prophète met les gens toujours devant une alternative, cherche à changer de cap, toute son âme y est impliquée, ses paroles tremblent de peur et d’espérance à cause de la grandeur et de la force de la décision. Le prophète est en général quelqu’un qui accuse, qui n’annonce pas une morale ennuyeuse ou une éthique de comportement, mais l’infaillibilité et l’éternité de la parole et de la loi de Dieu.

L’homme contemporain est confronté aux possibilités terrifiantes du progrès technologique qui lui donnent froid au cœur. Les interventions directes dans le génome humain, l’intervention dans la capacité créatrice même, puis la possibilité de réduire cette terre - par ses propres forces - à une réalité apocalyptique, à cause des excès dans le domaine de l’armement. C’est pourquoi il a besoin de prophètes qui par leurs vies donneront la direction et orienteront vers l’au-delà, vers les réalités d’en-haut, vers la transcendance. L’immanence, les réalités d’ici-bas, sont trop étroites pour l’homme. En contestant l’au-delà, l’homme s’est laissé aller à la glorification de la vie d’ici-bas, cherchant à tout prix à donner des preuves qu’il est vivant. L’avidité et la voracité dans tous les domaines ont atteint leur apogée ; or, à l’apogée ne se trouve pas la satisfaction, mais l’insatiabilité et le dégoût, la dévalorisation de la vie et le rejet de tout ce que l’homme n’aime pas ou n’aime plus. C’est ainsi que l’avortement, l’euthanasie et le suicide ne représentent finalement que des épiphénomènes et le fruit naturel d’une telle conception de la vie, à savoir de la négation du choix fondamental à faire, plus précisément de la responsabilité devant l’éternité et devant l’espérance éternelle. L’avidité finit dans le dégoût ; à la fin, l’homme lui-même devient un déchet : nous en trouvons des preuves dans la littérature contemporaine et dans l’omniprésente culture de la mort qui a remplacé la culture de la vie et de l’amour.

Il est tout à fait possible d’enfouir ou de falsifier la profondeur du message divin dans l’homme, mais il jaillira toujours à nouveau à la surface et se frayera le chemin dans son âme. C’est pourquoi nous constatons l’omniprésent appel à la concentration, à la méditation, à la contemplation, au sacré, au contact avec Dieu. C’est un appel inéluctable à une époque où la conception de la vie – dont la drogue, la violence, le terrorisme et la révolution ne sont que des formes extérieures d’expression – est réduite uniquement au monde des faits et du visible, où l’intelligence est réduite à ce qui est mesurable et quantifiable, et non élargie à ce qui est qualifiable et valable. Pour que l’homme soit un homme, il a besoin de la morale et de l’éthique, et pour avoir une éthique, il a besoin d’un Créateur, de la foi en l’immortalité et en Dieu. Aussi, la bonne nouvelle de Medjugorje et du christianisme consiste précisément dans la responsabilité devant Dieu, devant soi, devant le monde et devant l’histoire. Medjugorje est un vrai défi et un appel au sens plénier du terme. Le but de l’histoire n’est ni l’évolution ni le progrès, mais la conversion. Si presque toute l’époque post-hégelienne s’était enthousiasmée par l’idée de la montée permanente et du progrès permanent, de la marche vers un lendemain meilleur, alors c’est aujourd’hui que nous cueillons les fruits amers de ce processus. La Bible parle de la conversion et non de l’évolution. Medjugorje repose précisément sur cette idée. Toutes les pseudo-religions, la technique et la science, se sont retournées contre l’homme. C’est pourquoi c’est une terrible erreur de concevoir l’homme comme un être de progrès et de croissance. En tant que personne, il est déjà défini dans la Bible comme un être écartelé entre le Bien et le Mal. Ce ne sont pas le progrès ou la science qui lui donnent l’assurance, mais son choix pour ou contre Dieu. C’est pourquoi on parle tellement de l’humain, menacé de tous côtés. Après une confiance infinie en la raison, nous abordons l’époque de l’irrationnel. C’est pourquoi, face à la crise actuelle de la raison, le salut ne peut se trouver que dans la conversion au mystère qui sauve la raison. Le mystère n’est pas contre la raison, mais s’oriente vers le sens de l’être et la survie de l’univers par la force d’une Intelligence.

Après la chute du socialisme et du communisme, puis après les frustrations produites par l’homo faber, l’homo technicus et ses découvertes technologiques, de nombreuses raisons parlent en faveur de la foi et du retournement vers le Dieu de l’Écriture. Medjugorje, la ville sur le mont, le lieu entre les monts, en est un signe visible. Aujourd’hui, chacun doit faire face au fait que les réalités spirituelles ne sont pas accessibles aux moyens ou aux promesses matériels, qu’il est impossible de parvenir au sens, au bonheur, à la sérénité, à la santé, à la force de la conviction et de la vie par le biais du bien-être ou du progrès matériel ou économique, mais uniquement par l’acceptation de soi en tant que réalité et donnée spirituelles. Le sens du spirituel se réveille progressivement dans nos contemporains ; de nouveaux horizons et de nouveaux espaces s’ouvrent, malgré les appels séducteurs du New Age. Malgré tant de progrès dans le domaine de la technique et la technologie, de la physique et de la chimie, malgré tant de découvertes dans tous les domaines du micro et du macrocosme, de la micro et de l’astrophysique, de la biologie – en ce qui concerne la structure de l’atome et de l’organisme, la science et même la philosophie contemporaine restent impuissantes et sans position claire en ce qui concerne l’être et le sens. Les philosophes Adorno et Horkheimer ont depuis longtemps parlé de l’autodestruction causée par le Siècle des Lumières : elle se produit là où les Lumières ont été élevées au niveau d’un absolu, où uniquement les comptes, les prévisions, le calcul sont pris en compte, où l’on nie la transcendance et l’au-delà du réel. En d’autres termes : une société bâtie sur l’agnosticisme et le matérialisme ne peut survivre à long terme. La déchéance de la morale et de toutes les valeurs en sont les conséquences. Même la philosophie du sens, la logothérapie d’un Viktor Frankl, qui donne des conseils à ceux qui ont perdu tout lien avec la religion et l’Église, ne peut aider ceux qui sont encore dans l’Église et se trouvent devant de grands points d’interrogation. Le premier devoir, c’est la guérison de la morale et l’acceptation des valeurs morales dans la société. L’homme n’a pas la permission de dépasser les limites impunément. L’homme est libre lorsqu’il reconnaît la loi de la liberté comme une sphère qui le détermine. D’une part, nous sommes confrontés à un souci presque pathologique de la santé physique, de l’intégrité physique, de l’écologie, alors que de l’autre règne l’insensibilité générale à l’intégrité morale ; il s’agit en fait de la négation de l’homme en tant qu’homme, de la négation de la liberté et de la dignité de l’homme. Aussi, la question de la révélation et du langage de Dieu dans l’histoire et dans le monde contemporain s’impose de nouveau, et ici Medjugorje est une borne incontournable. Sans Dieu, l’homme n’est qu’une petite roue, un petit élément de l’histoire humaine ; c’est pourquoi Medjugorje nous oblige à retourner aux sources de notre foi, à savoir à la révélation, dont le sommet, le but et le sens est Jésus Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, en qui se cache le mystère de Dieu lui-même. Il est la Parole qui contient tous les trésors de la sagesse et de la science (cf. Col 2,3) et en tant que tel, il révèle le mystère de Dieu lui-même et perce le silence dans lequel Dieu s’enveloppe apparemment.

Si, jusqu’à présent, la scène spirituelle dans le libéralisme occidental et dans le communisme marxiste déniait à la religion tout droit et toute capacité à s’impliquer dans la société, dans les affaires publiques et dans l’avenir commun de l’humanité, nous rencontrons aujourd’hui une tendance différente. Les ébullitions venant de toute part indiquent clairement que la religion - et son expression subjective dans la foi personnelle, au plan personnel et social - est une force qui ne peut être déracinée ni effacée de la conscience humaine, et que le monde ne peut renoncer à sa contribution au développement de l’humanité. Il est impossible de former l’avenir sans la foi. Cependant, il faut éviter tous les pièges des siècles passés et toutes sortes d’appropriation de la foi dans des buts politiques. Le rôle premier de la foi, c’est le souci de l’homme : ici, l’Église est appelée à agir, non par la force de sa puissance mais par la puissance de l’Esprit, non par l’institution mais par le témoignage, non par le droit mais par l’amour, la vie et la souffrance. Elle est appelée à préparer dans les cœurs l’espace pour Dieu qui vient, pour aider ainsi la société à retrouver son identité. L’histoire n’est qu’un grand combat entre la foi et l’incroyance, entre le Bien et le Mal, et nous sommes aujourd’hui les témoins d’un grand drame mondial, où nous ne devons pas hésiter, mais nous opposer à la toute-puissance de la résignation, de l’indifférence, du fatalisme et du désespoir, par la force de la foi, de l’espérance et de l’amour. Rendre les gens capables d’amour, c’est l’impératif du moment. S’opposer à l’opinion publique et aux pouvoirs, comme Jésus devant Pilate, comme le Pape actuel face aux puissants de ce monde. Jésus n’avait pas peur de la croix, alors que le croyant contemporain a même peur de penser à la souffrance et au martyre. Tout le monde, surtout les dignitaires de l’Église, ont peur pour leur image, même s’il ne s’agit que d’un misérable commentaire dans un quotidien, écrit aujourd’hui et oublié le lendemain. Il faut être prêt à prendre des risques et avoir le courage de suivre l’appel de Jésus. A son école à Medjugorje, Marie nous apprend cela au jour le jour.

 


Afin que Dieu puisse vivre dans vos cours vous devez aimer.