Entretien : Philippe Madre, docteur en médecine, diacre permanent, membre de la Communauté des Béatitudes

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M. Philippe Madre, docteur en médecine, diacre permanent au service de la pastorale de la santé et exerçant un ministère d'enseignement et de guérison sur le plan international depuis quinze ans, s’est rendu à Medjugorje au mois de juillet 2002. Il est membre de la Communauté des Béatitudes, dont il fut modérateur général pendant quinze ans, ainsi que fondateur de l’œuvre catholique « Mère de Miséricorde » en faveur de la défense de la vie humaine.

Lors de son passage au sanctuaire de la Reine de la Paix, il s’est entretenu avec le père Dario Dodig à propos de son ministère d’Eglise et de sa perception de la grâce particulière de Medjugorje.

Fra Dario Dodig : Dr Madre, vous êtes un homme marié, père de famille, médecin psychiatre, diacre permanent, membre de la Communauté des Béatitudes dont vous étiez le modérateur général pendant 15 ans. Comment la vocation s’est-elle développée en vous ?

Dr Philippe Madre : Il faut d’abord dire que j’étais incroyant jusqu’à l’âge de 23 ans. J’étais issu d’une famille chrétienne mais je n’avais personnellement jamais trouvé d’intérêt à la foi chrétienne. J’avais commencé mes études de médecine et j’étais sur le chemin du mariage quand, d’une manière tout à fait inattendue pour moi, j’ai assisté à une guérison miraculeuse dans le domaine de la psychiatrie. J’ai été tellement surpris par le constat de cette guérison psychiatrique qui ne pouvait pas être expliquée humainement que je me suis dit : si Dieu existe, ça vaut la peine de lui donner toute ma vie ! Ma femme a fait la même expérience en même temps que moi. Nous étions jeunes mariés et nous avons décidé de changer notre vie et de la poser sur des bases chrétiennes, et surtout sur une vie de prière régulière quotidienne. Avec des amis qui avaient vécu le même genre de conversion, nous avons fondé un groupe de prière dans la ville où nous étions étudiants.

Au bout de deux-trois années de cette vie profondément changée, nous nous sommes dis : cela ne nous suffit pas pour suivre le Seigneur ! Et justement quand nous nous sommes posés cette question, le frère d’Evelyne, ma femme, venait de fonder la Communauté des Béatitudes. C’était une communauté où étaient présents tous les états de vie pour mener une vie de prière régulière, une vie d’adoration et aussi une vie de service et de communion fraternelle. Nous nous sommes décidés à entrer dans cette communauté qui en était à ses tout débuts. J’ai terminé mes études de médecine en même temps et, très vite, cette communauté a accueilli des malades de différents types qui venaient vraiment chercher un secours particulier au sein de la communauté.

C’est ainsi que j’ai été amené à poser sur les malades un regard tout à fait différent et à essayer de voir ce que Dieu pouvait leur apporter comme secours par notre intermédiaire. C’est ainsi que nous avons vécu une croissance dans la prière de guérison pour les malades physiques ou les malades psychiques, et puis, nous avons aussi créé une équipe de thérapeutes chrétiens pour accueillir sur quelques semaines ou quelques mois des malades qui avaient de sérieux problèmes psychologiques. C’est sur cette base là que l’appel au diaconat permanent s’est construit. Au bout de quelques années, notre évêque m’a ordonné diacre, avec une mission plus particulière auprès des malades et spécialement auprès des personnes dont la dignité de vie est bafouée ou méprisée.

Des personnes avec des besoins particuliers s’adressent à vous pour la prière de guérison. Qu’est-ce que c’est que la prière de guérison ?

Il y a deux genres différents de demande. Beaucoup d’évêques ou de prêtres demandent des conférences dans leurs diocèses, dans leurs paroisses, lors des rassemblements de personnes qui ont des difficultés. En réponse à ces demandes, je viens pour donner une ou plusieurs conférences qui se prolongent par un temps de prière pour les malades. C’est une manière à la fois d’évangéliser, de parler du Christ, de l’amour du Christ, et de prier pour que le Seigneur manifeste sa présence au sein de ces groupes. Une des plus grandes manifestations de la présence de Dieu lors d’un rassemblement, c’est quand-même les signes de guérisons physiques ou psychiques.

Il y a des personnes qui ont des problèmes personnels médicaux importants et pour lesquels la médecine n’a pas pu grand chose, Elles demandent une sorte d’accompagnement personnel. C’est un accompagnement au cours duquel on prie avec elles et où on attend d’elles qu’elles s’ouvrent à la grâce de Dieu, à la présence de Dieu qui va les visiter en profondeur et leur redonner la santé. Là, la prière de guérison est moins dans le cadre d’une action d’évangélisation, et beaucoup plus dans celui d’une relation d’aide.

Lorsque nous parlons de la prière de guérison, y a-t-il des obstacles à la guérison ? Quels sont-ils ?

La prière de guérison est quelque chose de possible dans l’Eglise pour tous les baptisés. Il est tout à fait normal que les croyants se tournent vers Dieu pour attendre de son amour une grâce de guérison. C’est vrai que l’on remarque dans l’Eglise actuellement encore beaucoup de crainte, de réticence par rapport à la guérison, alors que l’Eglise encourage ses enfants à prier pour les malades. Bien sûr, cette prière pour les malades doit se faire d’une manière juste et paisible et sans excès, sans abus, sans recherche de pouvoir ou de sensationnel. Ce n’est pas parce que nous prions pour les malades que Dieu est obligé d’accomplir chaque fois une guérison ! Dieu guérit qui Il veut. Mais, parfois, Dieu voudrait guérir quelqu’un, et ce quelqu’un a des difficultés à accueillir la guérison qui vient de Dieu.

Classiquement on remarque deux grands obstacles à l’exaucement d’une prière de guérison. Le premier obstacle c’est la question du pardon. Souvent, la guérison physique ou la guérison psychique que Dieu veut donner est bloquée parce que les personnes ont fait des expériences dans leur enfance qui les remplissent d’amertume. Elles ne sont pas capables de s’ouvrir suffisamment à Dieu pour qu’Il les guérisse, et le Seigneur attendrait qu’elles puissent pardonner ou bien qu’elles puissent demander pardon. C’est toute la question de la réconciliation qui précède la venue d’une guérison. Si cette réconciliation n’est pas mise en œuvre, la guérison a souvent des difficultés à venir, même si Dieu la donne ! Le problème n’est pas du côté de Dieu qui, dans sa miséricorde, ouvre son cœur à l’égard du malade, mais du côté du malade qui ne se rend pas compte que la guérison n’est pas d’abord un soulagement, mais surtout une ouverture à Dieu. C’est dans cette ouverture du cœur par le pardon donné ou le pardon reçu que la guérison peut survenir dans la vie des personnes malades. Une des meilleures manières pour prier pour la guérison des malades, c’est d’abord d’éveiller l’attention des malades au fréquent besoin de pardonner ou d’être pardonné, dont ils sont porteurs.

Il y a un second obstacle dans l’exaucement d’une prière de guérison : c’est la peur de guérir. C’est très fréquent qu’une personne malade qui demande sa guérison au Seigneur est cependant porteuse d’une peur profonde d’être guérie. Cette peur crée comme une paralysie intérieure qui fait que la personne ne peut pas ouvrir son cœur à l’amour de Dieu, même si elle veut être guérie. Ce que Dieu attend des malades pour pouvoir les guérir, c’est l’inverse de cette peur : la confiance. Il est bien qu’une prière de guérison soit vécue dans un climat d’éducation à la confiance, comme pour apprivoiser les peurs de la personne malade. Ainsi, elle peut ouvrir son cœur à la puissance de guérison du Christ.

Nous nous trouvons ici à Medjugorje. Vous avez parlé des obstacles à la guérison. Est-ce que ici, à Medjugorje, ces obstacles tombent ? Une intervention divine a-t-elle lieu ici ?

Cela me paraît évident que Medjugorje est un lieu habité par Dieu, habité par le Ciel. Quand quelqu’un arrive en ce lieu, il est comme apprivoisé par la présence de Dieu, par la présence de la Vierge Marie, et même s’il ne s’en rend pas tellement compte. C’est vrai qu’à ce moment là les deux obstacles que l’on vient d’évoquer ont tendance à diminuer et peut-être même à disparaître. C’est pour cela je pense que Medjugorje est un grand lieu de guérison et doit sans doute le devenir davantage, doit vivre une grâce de guérison de plus en plus forte dans les temps à venir.

Depuis les premières années des apparitions, vous êtes liés à Medjugorje. Vous avez même été expulsé par l’ancien pouvoir communiste ! Ceci ne vous a pas intimidé, au contraire, vous revenez. Comment voyez-vous Medjugorje par rapport à Lourdes et à Fatima ?

C’est une question délicate ! C’est vrai que je connais très bien Lourdes, je connais moins bien Fatima, mais ce qui me paraît le plus remarquable, c’est la différence de grâces qu’il y a entre chacun de ces trois lieux. Medjugorje a une très grande grâce de simplicité où les personnes les plus blessées ou les plus éloignées de Dieu trouvent un climat accueillant et une paix qu’elles n’ont jamais goûtée auparavant. A Lourdes, par exemple, la Vierge appelle à la repentance. A Medjugorje, elle appelle aussi à la repentance, mais elle appelle surtout à la paix. J’ai eu personnellement l’impression qu’il y a comme une miséricorde de Dieu beaucoup plus immense, beaucoup plus simple à Medjugorje, qui fait que les personnes les plus éloignées de Dieu se sentent accueillies par la Vierge. Le poids de leurs fardeaux avec lequel elles arrivent ici leur paraît peu de chose parce qu’elles font simplement, dans une grande simplicité, l’expérience de la présence de Dieu, de la présence du Ciel. Il y a vraiment une qualité de présence à Medjugorje qui est très importante. Je crois que beaucoup de pèlerins se sentent vraiment rejoints dans leur pauvreté personnelle. Ils peuvent vivre un chemin de réconciliation avec Dieu mais aussi avec eux-mêmes pour un épanouissement de leur vie de foi. Et puis, il y a toute cette pédagogie actualisée jour après jour à travers les messages de la Vierge qui fait que les personnes qui sont à l’écoute des messages sont éduquées progressivement. C’est vraiment une école du Cœur de Marie.

La Vierge s’est présentée ici à Medjugorje comme la Reine de la Paix. Dans l’histoire, elle s’est présentée comme la Reine du Rosaire, l’Immaculée Conception, et ici elle se dit la Reine de la Paix. La paix, est-ce l’issue finale de la vie humaine, le fondement de la guérison intérieure ?

Je crois que la paix dont il est question est plus que la paix intérieure. C’est la paix dont parle Jésus au soir de la Résurrection quand Il apparaît aux apôtres et qu’Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Cette paix, c’est le premier cadeau que fait Jésus ressuscité à ses apôtres. La paix, c’est comme le fruit de la Résurrection du Christ dans une existence humaine. Pour moi, la paix, dans cette perspective là, c’est vraiment une force de vie plus forte. Dans cette paix, notre vie prend tout son sens et aussi toute sa force, toute sa vocation. Je crois que cette paix est liée à la vie, notre monde en manque beaucoup, et il recherche beaucoup de fausses paix. Dieu seul peut donner la paix qui est vie.

Parler des événements de Medjugorje et ne pas mentionner le père Slavko serait difficile…

Il m’a été donné de le rencontrer à quelques reprises et de dialoguer avec lui. Effectivement, je pense qu’il a été le principal artisan de l’accueil de la grâce de Medjugorje. Par la qualité de sa présence, de sa présence pastorale auprès des voyants notamment, il a pu permettre le développement de cette grâce de Medjugorje. Je crois que Medjugorje lui doit beaucoup et qu’il ne faut pas hésiter à le prier souvent.

A la fin, auriez-vous encore quelque chose à ajouter, quelque chose qui vous paraît important et que nous n’avons pas mentionné dans cet entretien ?

Il y a une chose qui me marque beaucoup dans tous les voyages que je fais dans le monde et je pense que Medjugorje a quelque chose à voir avec cela. Je rencontre beaucoup de personnes qui sont désespérées, qui n’ont plus confiance en la vie et même qui sont aveugles quant au don de la vie et à la dignité de toute vie humaine. Notre humanité est pleine de désespoir, même si elle est en quête de plaisirs nouveaux, comme pour s’évader justement de ce désespoir. On peut dire que beaucoup de nos sociétés sont dépressives. Paradoxalement, la grâce de Dieu la plus importante dans ces temps de l’Eglise c’est la grâce d’espérance. Le Seigneur rappelle qu’il y a une autre vie, que notre existence sur cette terre, quel que soit son poids de souffrances, n’est pas un but, mais que notre vraie patrie, notre vrai milieu de vie, c’est le Ciel. La Vierge Marie ouvre à qui le souhaite les portes du Ciel pour que les hommes puissent vraiment vivre leur vie comme si déjà ils avaient leurs pieds dans le Ciel. Alors je crois que l’un des points majeurs de la grâce de Medjugorje, c’est d’apporter à tellement de monde l’espérance et la vie, et que cette grâce de Medjugorje, qui est aussi un peu l’image de la grâce que l’Esprit Saint répand dans le monde à tellement d’endroits, cette grâce doit encore grandir.

Que tous ceux qui lisent ces mots, qui font confiance en la présence de Dieu telle qu’elle se vit à Medjugorje, qu’ils aient vraiment foi dans le don de Dieu à Medjugorje. Au-delà de toutes les questions sans réponse qui peuvent se poser ou de tous les conflits que l’on peut rencontrer entre les hommes, il faut retenir vraiment ce qu’il y a de plus essentiel dans le don de Dieu à Medjugorje. Il faut le retenir pour en vivre soi-même personnellement. C’est comme cela que la présence de Dieu pourra grandir de plus en plus en termes d’espérance et de vie fortifiée chez beaucoup de nos contemporains qui sont désespérés. C’est à vous de vous saisir de la grâce de Medjugorje et d’en vivre pour que beaucoup d’hommes et de femmes dans le monde puissent goûter à cette espérance qui vient de Dieu et à cette vie qui est don de Dieu et dont ils manquent terriblement.

Merci, Dr Philippe Madre !
 


Afin que Dieu puisse vivre dans vos cours vous devez aimer.