La Place de Medjugorje dans l'Église

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La place de Medjugorje dans l'Église est un sujet difficile, contesté, objet de confusion et ambiguïtés qu'il importe de dissiper.

Medjugorje n'a pas besoin d'explications parmi nous. C'est un lieu de grâce où la Vierge s'est manifestée par des fruits tout à fait exceptionnels : vie spirituelle, conversions, guérisons, " On juge l'arbre à ses fruits," dit le Seigneur et c'est le seul critère de discernement qui vienne de Lui (Mt 7,20 ; 12,33)

Le statut des apparitions

Reste pourtant une ambiguïté dont il vaut mieux prendre conscience. Les apparitions, où la foi devient évidence, où l'invisible devient visible, sont un phénomène superficiel et secondaire par rapport à l'Évangile et aux sacrements. Là même où l'Église reconnaît une apparition, (y compris Lourdes et Fatima, les plus solennellement reconnues), elles n'engagent pas son infaillibilité ni même son autorité, car il ne s'agit pas d'un dogme, nécessaire au Salut, enseigné au nom du Christ, mais d'un discernement, seulement probable et conjectural. Elle ne dit pas : Vous devez y croire mais il y a de bonnes raisons d'y croire. Il est bienfaisant d'y croire.

L'autorité responsable peut même ajouter : j'y crois ; mais elle n'impose pas ce jugement sous peine de péché. Si je ne croyais pas à Lourdes ou à Fatima, je n'aurais pas à m'en accuser en confession, si je trouvais des raisons de douter. Et c'est dans cet esprit que j'avais entrepris mon enquête sur Lourdes, en toute ouverture d'esprit.

Pareillement, si l'autorité dit : Il y a de sérieuses raisons de ne pas y croire, il est malfaisant d'y croire, le jugement appelle une obéissance à l'Église, mais laisse une liberté d'examen et de discernement. Lorsque Mgr Zanic avait annoncé en 1984-1985, son jugement négatif, j'avais préparé ma conscience à cette éventualité et je m'en étais expliqué loyalement, en disant, en résumé : " En ce cas, je cesserai d'écrire ou de parler publiquement sur Medjugorje, mais comme les amis de Sainte Jeanne D'arc, brûlée par ordre d'un évêque en 1431, j'approfondirais et déposerais en bonne place les raisons de réviser un tel jugement. " Le respect de l'autorité et l'obéissance dont il ne faut jamais se départir, comportent donc des nuances, parfois délicates, dans ce domaine qui est celui du libre service de la foi.

Les deux sens du mot Église

Quant au mot " Église ", le dernier mot du programme qui m'est imparti (la place de Medjugorje dans l'Église), une autre ambiguïté doit être dissipée :

- Avant le Concile, pour la plupart des théologiens, l'Église c'était la hiérarchie : le Pape et les évêques.

- Le Concile Vatican II a révisé cette conception. Il a restructuré inversement la Constitution sur l'Église : L'Église c'est d'abord le peuple de Dieu, à l'intérieur duquel certains fidèles (égaux aux autres devant Dieu dans la foi, l'espérance, la charité et la quête de sainteté) ont l'autorité au nom du Christ, mais cette autorité est service du peuple de Dieu, ce pour quoi le Pape s'honore du titre " Serviteur des serviteurs de Dieu ".

Examinons donc la place de Medjugorje dans l'Église selon ces deux sens complémentaires du mot Église qui signifie une réalité organique : le Corps mystique mais visible du Christ.

L'accueil du Peuple de Dieu

A Medjugorje, comme ailleurs, c'est le sens des fidèles qui a, en premier lieu, discerné la présence de la Vierge dans ces apparitions. Le curé, Jozo Zovko, un spirituel, fut d'abord critique, exigeant dans la vérification. Il disait aux paroissiens : " Qu'allez-vous faire sur cette colline, alors que vous avez l'Eucharistie à l'Église ? " Il les a tous ramenés à l'Église pour la messe quotidienne où se transférèrent les apparitions. Assez vite, il a cru, et une apparition personnelle de la Vierge a confirmé sa conviction. Dans le peuple chrétien cependant, il y a des opposants, à droite et à gauche.

1. Les chrétiens progressistes privilégient la critique négative, les explications psychologiques et psychanalytiques, le doute systématique et le soupçon devant les phénomènes extraordinaires.

2. L'aile traditionaliste ou intégriste moyenne, par ex : Fidelity aux USA, ou l'extrême droite de la Contre Réforme catholique (qui excommunie le Pape comme hérétique) ont été les plus farouches adversaires de Medjugorje.

Des pèlerins demandent souvent aux voyants : - " Que faire pour convaincre les opposants ? "

Vicka répond : - " Priez pour eux et soyez bons. Le Seigneur et la Sainte Vierge feront le reste. "

C'était déjà la position de Bernadette qui ne discutait pas les objections des opposants venus polémiquer avec elle, mais répondait, s'ils insistaient, de son écoute silencieuse : - " Je suis chargée de vous le dire, je ne suis pas chargée de vous le faire croire.

L'Église Hiérarchique : Les Évêques et le Pape.

La situation est plus complexe du côté des autorités.

L'évêque du lieu

L'évêque du lieu, successeur des apôtres, responsable du discernement dans son diocèse, Mgr Zanic, avait d'abord été favorable (quoiqu'il ne veuille plus s'en souvenir aujourd'hui) durant l'été 1981. Mais le conflit local avec les Franciscains (qui sont 80 % des prêtres de son diocèse) a tout envenimé de proche en proche. Le temps qui m'est imparti ne me permet pas de détailler ce problème, pour lequel je renvoie à mes livres.

Lorsque je me suis rendu pour la première fois à Medjugorje, à Noël 1983, je le croyais encore favorable. Il m'a détrompé, j'ai écouté et recueilli de mon mieux ses objections, mais elles m'ont paru assez extérieures, partiales et faibles à l'égard des évidences positives, ce qui m'a engagé dans une aventure difficile, en tout respect de son autorité épiscopale. Je l'ai vu aussi souvent que je l'ai pu. Il me confirmait son opposition radicale. Au terme de sa visite, je lui demandais sa bénédiction. Une fois, il a fait difficulté. J'ai insisté en disant :

- " Si je vous fais problème, donnez la pour ma conversion.

A quoi il a répondu avec sa grandeur épiscopale :

- " Restez Laurentin ".

Sa position du 30 octobre 1984 contre Medjugorje m'a calomnié sur plusieurs points, de manière surprenante. Je lui aurais conseillé de cacher la vérité. Je m'étais disqualifié comme théologien. Je faisais cela pour de l'argent. J'avais gagné plus d'un milliard ! J'avais succombé au charme des voyantes de Medjugorje plutôt que d'écouter l'évêque. Mais il ne m'a jamais défendu d'aller à Medjugorje ni interdit décrire.

Je m'apprêtais à faire silence après le jugement négatif qu'il avait publiquement annoncé. Mais lorsqu'il vint le proposer à Rome, en avril 1986, le Cardinal Ratzinger lui dit (et Mgr. Zanic, homme clair et sans dissimulation, l'a révélé ouvertement) :

- " Non, vous allez dissoudre votre commission diocésaine. Le jugement est transféré à la Conférence épiscopale. "

C'était inespéré, car selon une vieille tradition radicalisé par le Cardinal Ottaviani, qui avait pris en 1959 et 1960 les décrets contre Soeur Faustine (aujourd'hui béatifiée) et contre Mère Yvonne Aimée, etc... le Saint Office soutenait généralement les évêques défavorables aux apparitions, et modérait plutôt les jugements favorables. Ici, c'était donc l'inverse. On s'est demandé pourquoi.

Je crois tenir l'explication.

En juillet 1984, le Pape Jean-Paul II, à qui j'avais offert en mains propres mon premier livre : La Vierge apparaît-elle à Medjugorje ? (février 1984), l'avait lu à Castelgandolfo, et l'avait recommandé à Mgr. Pio Belo Ricardo, évêque de Los Teques (Venezuela)

L'année suivante, il avait lu pareillement les études médicales et scientifiques sur Medjugorje que j'avais écrit avec le Professeur Joyeux de Montpellier.

Enfin, j'avais suscité à Milan, une réunion internationale de médecins et théologiens, pour établir 10 conclusions scientifiques et 10 conclusions théologiques sur Medjugorje. L'accord avait été facile, en une journée de travail, et ces 20 conclusions furent envoyées à Jean-Paul II par le Docteur Luigi Farina, Président de l'ARPA chez qui s'était tenue cette réunion. Le Pape transmit tous ces documents au Cardinal Ratzinger, Préfet de la Congrégation de la Foi qui semble avoir pris cette décision neuve après avoir conféré avec Jean-Paul II. Une décision sans précédents : Elle dessaisissait l'évêque de son autorité ordinaire, sans le dessaisir complètement, puisqu'il fait partie de la Conférence épiscopale à laquelle le jugement fut transféré.

Il en résultat un long parcours. Le Cardinal Kuharic, chez qui Vicka avait eu une apparition (dans son salon, en 1983, m'a-t-il dit) était ouvert et discrètement favorable, m'a-t-il semblé. En tout cas, il souhaitait que les évêques assument en paix ce pèlerinage majeur et fructueux, au lieu de nouer un de ces conflits d'apparitions qui créent malaises et divisions dans l'Église, au détriment des fidèles, des évêques, et de Dieu même.

Mais prudent et respectueux de l'évêque du lieu : Mgr Zanic, responsable devant Dieu de la paroisse de Medjugorje, il lui gardait, à juste titre, une position de premier plan.

Chaque fois que la question fut posée à la Conférence épiscopale, il lui revenait de parler en premier. Il renouvelait, avec la vigueur qui lui est propre, toutes les objections qu'il a développées par deux fois de manière publique et retentissante :

1. Position du 30 octobre 1984, qui avait porté un coup d'arrêt à l'expansion de Medjugorje, puisqu'il invitait les évêques des Conférences épiscopales du monde entier à soutenir sa position négative, en suggérant que les pèlerinages (officiels, précisait-il toutefois) n'étaient pas autorisés...

2. Puis son sermon sévère du 25 juillet 1987, contre Medjugorje, durant la cérémonie de Confirmation. Il s'attendait à voir les paroissiens s'insurger. Mais ils l'écoutèrent avec respect, silencieusement, malgré les profondes blessures qu'il ressentaient en leur coeur. Ils donnaient la preuve de leur héroïque respect et d'obéissance, mais l'évêque le comprit d'abord autrement. Durant le déjeuner qui suivit, il conclut : " Ils n'y croient plus tellement aujourd'hui ". Les Franciscains le détrompèrent (sermon publié avec mes observations critiques dans DN 7 p.72-77).

Après cette intervention prioritaire de l'évêque du lieu, les autres évêques, moins informés, se taisaient ou l'appuyaient par solidarité. Le seul qui plaidait pour Medjugorje était Mgr. Franic, archevêque de Split, autorité en ces matières puisqu'il était président de la Commission doctrinale. Mais il prit sa retraite le 10 septembre 1988 et disparut de la Conférence épiscopale où le terrain était libre pour Mgr. Zanic.

En ces conditions, je n'ai jamais su comment le Cardinal Kuharic avait pu faire pour aboutir, en novembre 1990, à la reconnaissance du pèlerinage et de son culte par la Conférence épiscopale. Il se faisait selon les directives et critères publiés le 25 février 1978 par le Cardinal Seper (prédécesseur du Cardinal Ratzinger à la Congrégation de la Foi. En cas d'apparitions - si nulle objection grave ne se présente et si les fruits sont bons, que l'évêque prenne en charge le pèlerinage pour diriger la piété des fidèles. Après quoi, il pourra, éventuellement, avec la lenteur et l'exigence nécessaire, reconnaître des apparitions mêmes. Malheureusement, Mgr Zanic n'avait accepté cette reconnaissance du pèlerinage (auquel il était opposé) qu'en y introduisant diverses clauses négatives. Ces menues restrictions rendaient le texte tellement obscur que le Cardinal et la Conférence avaient décidé de ne pas le publier et de faire la reconnaissance en acte (comme on a fait à Rome sans déclaration, pour la reconnaissance de Tre Fontane).

C'est ainsi que Mgr Komarica, Président de la Commission d'enquête sur Medjugorje, vint célébrer la messe du pèlerinage et déclare officiellement : Je viens non seulement en mon nom, mais au nom de tous les évêques yougoslaves, y compris Mgr Zanic (évêque du lieu et opposant numéro 1). D'autres évêques viendront... Et d'autres suivirent, y compris Mgr Zanic, et son archevêque, le futur Cardinal Puljic de Sarajevo.

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais le 2 janvier 1991, le texte, gardé secret du fait de son ambiguïté, fut publié par l'Agence de presse italienne Asca (sur l'initiative de Mgr Zanic, assure la Contre Réforme qui lui en fait gloire) avec un commentaire radicalement négatif. Ce texte obscur publié dans des conditions sauvages créa incertitude et désarroi, à l'échelle internationale, chez les pèlerins. Ils en référèrent au Cardinal Kuharic qui répondit :

- "  L'Église ne se presse pas. Nous les évêques, après 3 années d'études de la Commission, nous avons déclaré Medjugorje lieu de prière et sanctuaire marial. Cela signifie que NOUS NE SOMMES PAS OPPOSES à ce qu'on vienne en pèlerinage à Medjugorje pour y vénérer la Mère de Dieu, en conformité avec l'enseignement et la foi de toute l'Église.

Pour ce qui est de la supernaturalité des apparitions, nous avons déclaré : JUSQU'À PRÉSENT NOUS NE POUVONS L'AFFIRMER. NOUS REMETTONS CELA À UNE DATE ULTÉRIEURE. L'ÉGLISE N'EST PAS PRESSÉE. " (Déclaration imprimée dans Vecernijlist, août 1993 ; DN 13, p.41)

Plusieurs évêques Croates parlèrent dans le même sens.

Accablé de questions, à l'échelle internationale, le Cardinal Kuharic prit le temps nécessaire pour faire aboutir, le 10 avril 1991, une nouvelle rédaction du texte, plus claire d'où avaient disparu quelques ambiguïtés négatives.

Le sens devenait plus clair, malgré les déclarations négatives répandues dans la presse. Les évêques yougoslaves avaient à choisir entre les deux formules classiques de jugements possibles, tant que l'authenticité des apparitions n'est pas reconnue :

1. Non patet supernaturalitas : Le surnaturel n'est pas prouvé.

2. Patet non supernaturalitas : Le caractère non surnaturel est prouvé.

Les évêques avaient choisi, non la seconde formule, qui exclut le surnaturel, mais la première, dubitative : il n'est pas encore possible de reconnaître le caractère surnaturel, mais sans l'exclure, comme l'avait clairement précisé le Cardinal Kuharic.

Il est dommage de voir comment la presse et comment certains prêtres ou autorités confondent constamment la formule prudente qui suspend le jugement, et la formule qui l'exclut définitivement. Cette confusion, fréquente en la matière n'a cessé de rebondir à Medjugorje.

Autre ambiguïté : le mot surnaturel, en pareille circonstance est généralement employé en un sens ambigu et sujet à confusion ; il veut signifier miraculeux, extraordinaire, inexplicable : ce qui est un sens tout à fait particulier du mot surnaturel. Et l'ambiguïté est malheureuse, car elle semblerait priver les actes du pèlerinage (messes ferventes, confessions innombrables, chemin de Croix et chapelets) du caractère surnaturel, comme si c'était un lieu de superstition ! Ainsi vont certains commentaires. Mais la Conférence épiscopale ne met pas en doute le caractère surnaturel des liturgies de Medjugorje mais estime seulement que la preuve d'une intervention extraordinaire de Dieu n'est pas encore établie.

Vous savez que Mgr. Franic a blâmé la prudence des évêques et la pense en partie responsable de la guerre, dans la mesure où " Ils n'ont pas reconnu la voix de la Mère de Dieu qui proposait la paix " ou se sont " opposés sans relâche " (DN 14, p.114). L'appel urgent de la Vierge n'ayant pas été assez entendu, elle n'a pu sauver la situation. Je laisse à l'archevêque la responsabilité de son jugement publié par Gebetsakion, n'ayant personnellement pour cela ni autorité, ni compétence.(DN 13,14 et 15 : 1994, 1995, 1996).

Pendant la guerre qui mettait son diocèse à feu et à sang, Mgr Zanic s'était réfugié à Rome où il passa longtemps pour faire nommer un successeur qui continue sa lutte contre les Franciscains et Medjugorje. Il l'obtint. L'abbé Peric, supérieur du séminaire croate à Rome, qui avait été son aide principal pour transmettre ses objections et griefs aux congrégations romaines, est donc devenu évêque du lieu, avec des convictions moins tranchées, mais moins impulsives, donc plus efficaces que Mgr Zanic. Certes, il garde prudence épiscopale et n'a posé aucun jugement officiel négatif contre le pèlerinage, malgré bien des déclarations et actes défavorables.

Mais à plusieurs reprises, il a interprété le jugement de la Conférence épiscopale (ci-dessus) de manière assez radicalement négative. Il l'a fait dire par son vicaire général, puis s'est exprimé lui-même dans Krava na Kamenu (Église sur le roc, début 1995) en ces termes radicaux : " Il est impossible de déclarer qu'il s'agit d'apparitions surnaturelles (à Medjugorje). Depuis la déclaration (épiscopale du 10 Avril 1991) il y a l'avis (négatif) de deux évêques de Mostar : le précédent et l'actuel (Mgr Peric parle ici de lui-même à la troisième personne). Ceux qui disent le contraire raconte de naïves histoires d'enfants(...). Nous en restons à l'évidence que la Sainte Vierge n'est apparue à personne à Medjugorje. "

Il ajoute toutefois (ce qui limite et contredit même son propos) :

- L'ordinaire de Mostar (Mgr Peric lui-même) n'admet que ce qu'ont dit les évêques (le 10 avril 1991) et ne croit pas aux histoires de Medjugorje. C'est ce que le Vicaire général a clairement mis en avant (dans une déclaration récente à la presse). Le texte même de la déclaration du 10 avril et l'interprétation autorisée du Cardinal Kuharic, principal auteur et signataire de la Déclaration épiscopale, citée plus haut, remettent les pendules à l'heure.

Le jeu de bascule des interprétations

Dans cette confusion, plusieurs évêques du monde entier, n'y comprenant rien se demandaient s'ils devaient décourager leurs diocésains d'aller à Medjugorje. Ils écrivirent à la Congrégation de la Foi et plusieurs reçurent une réponse qui faisait écho à la décision officielle des évêques en date du 10 avril 1991, mais en des termes si ambigus que la presse l'interprétait en un sens radicalement négatif. A la suite de cette publication, beaucoup de fidèles se sont entendu dire : " Si vous allez à Medjugorje, vous êtes dans la désobéissance ".

Voici l'essentiel de la réponse adressée à Mgr Taverdet, évêque de Langres, en réponse à sa lettre du 14 février 1996, par Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation de la Foi le 23 mars 1996. Après avoir cité l'essentiel de la déclaration des évêques yougoslaves en date du 10 avril 1991 (reproduite plus haut), il conclut : " De ce qui vient d'être dit, il ressort que les pèlerinages officiels à Medjugorje entendus comme lieu d'authentiques apparitions mariales, ne doivent pas être organisés, parce qu'ils seraient en contradiction avec ce qui est affirmé par les évêques de l'ex-Yougoslavie. "

Sous l'influence des deux rapports successifs des deux évêques du lieu, la réponse accumule tous les traits négatifs sans faire ressortir le positif du document. La presse titra : Rome interdit les pèlerinages à Medjugorje.

L'évêque de Rottenburg-Stuggart avait fait écho à la même déclaration reçue de Rome, en des termes plus négatifs qui avaient été reproduits par l'évêque de Metz. Soeur Emmanuel lui écrivit en observant à juste titre : Le Cardinal Ratzinger n'a jamais interdit le pèlerinage à Medjugorje. Il ne fait que rappeler une loi d'Église, à savoir que, pour les lieux d'apparitions encore à l'étude, les pèlerinages officiels sont interdits mais les pèlerinages privés sont autorisés (Lettre du 8 novembre 1995).

Vu la confusion qui résultait de ces interprétations contradictoires et plus ou moins abusives, le docteur Joaquin Navarro Valls, porte-parole du Saint-Siège et directeur de la salle de presse, démentit clairement l'interprétation négative, le 21 août 1996 :

- " Le Vatican n'a jamais dit aux catholiques "  Vous ne pouvez pas aller à Medjugorje. Aux évêques, il a dit, au contraire : vos paroisses et diocèses ne peuvent (encore) organiser des pèlerinages OFFICIELS. Mais on ne peut dire aux gens de ne pas y aller, tant qu'il n'est pas prouvé que les apparitions sont fausses : ce qui n'a jamais été déclaré. "

Donc chacun peut y aller s'il veut (Déclaration du 21 août 1996 à l'Agence d'information catholique, Catholique News Service).

Il a ajouté :

"Un catholique qui va en un tel lieu (d'apparitions) de bonne foi a droit a une assistance spirituelle. L'Église n'interdit donc point aux prêtres d'accompagner les voyages à Medjugorje en Bosnie-Herzégovine, organisés par des laïcs comme elle ne leur interdit pas d'accompagner un groupe de catholiques qui iraient visiter la République Sud Africaine (...) Celui qui lit la lettre de l'archevêque Berthone pourrait penser qu'il serait désormais interdit aux catholiques d'aller à Medjugorje. Ce serait mal interpréter, car rien n'a changé, rien de nouveau n'a été dit. Le problème est de ne pas organiser des pèlerinages officiels (évêques en tête) qui semblerait constituer une reconnaissance canonique des événements de Medjugorje encore en examen. Tout autre chose est d'organiser un pèlerinage accompagné par un prêtre, nécessaire pour les confessions. C'est dommage que les paroles de l'archevêque Bertone aient été comprises en un sens restrictif. L'Église et le Vatican auraient-ils dit non à Medjugorje ? Non !

Le directeur de la salle de presse a bien noté que l'archevêque Bertone avait bien fait écho à la déclaration épiscopale là où elle dit que " les nombreux fidèles qui se rendent à Medjugorje requièrent l'aide pastorale de l'Église "(donc l'aide de prêtres dans leurs pèlerinages).

Ainsi les pèlerinages à Medjugorje quoique non officiels, requièrent-ils l'aide pastorale de prêtres pour la messe, la prédication, les confessions.

Les autres évêques

Faute de place, je serai bref sur la position du nouvel évêque dont j'ai détaillé les actes et déclarations dans les volumes successifs des Dernières nouvelles de Medjugorje (DN 13,14,15 :1994, 1995, 1996). Plus de 100 évêques sont venus à Medjugorje, malgré l'opposition de l'évêque du lieu : c'est assez étonnant, vu la manière stricte dont la solidarité épiscopale est vécue dans l'Église (ce qui a beaucoup nui à ma réputation ; car les attaques personnelles de Mgr Zanic contre moi ont été prises au sérieux). Mais nombre d'évêques ont constaté les conversions remarquables, profondes, durables, de leurs diocésains à Medjugorje. Des indifférents, des opposants, des protestants devenaient des piliers de l'Église catholique. Ils sont allés voir, ils ont été convaincus et ils ont témoigné, selon la liberté statutaire établie dans l'Église en la matière. J'ai détaillé le nom et les témoignages de ces évêques dans les derniers volumes de mes Dernières Nouvelles.

La position du Pape

Si tant d'évêques se sont rendus à Medjugorje, malgré la dissuasion que créait la position négative de l'évêque du lieu (connue pourtant de certains d'entre eux), cela tient à une autre raison que plusieurs d'entre eux ont publiée. Ils ont demandé conseil à Jean-Paul II qui leur a répondu positivement, jusqu'à dire à Mgr Hnilica :

- " Si je n'étais pas Pape, il y a longtemps que j'y aurais été".

Je ne peux détailler les nombreux témoignages épiscopaux sur la position du Pape. Je serai encore plus discret sur le fait qu'ayant été invité à un petit déjeuner avec lui, pour lui soumettre une question importante, lorsque j'eus terminé, il passa la moitié de ce petit déjeuner à m'interroger sur Medjugorje.

Ce qu'il a le plus souvent reconnu devant de nombreux évêques, ce sont " les bons fruits " qui sont le fondement de l'authenticité d'une apparition, selon le seul critère donné par le Christ lui-même : " On juge l'arbre à ses fruits. (Mt 7, 16-20 ; 12, 33 et parallèles).

Le 6 avril 1995, le Vice-président de la Croatie, Mgr Radic, représentant le Président Tudjman, et le Cardinal Kuharic, venus remercier le Pape après sa visite en Croatie, l'invitèrent à venir célébrer en septembre 1995, le 17ème centenaire de la fondation de l'Église de Split. Le Pape répondit : - " J'examinerai. Mais en ce cas (si je puis venir) je souhaite visiter Santa Maria Bistrica (le sanctuaire national croate de la Vierge, proche de Zagreb) et... Medjugorje.

Ces paroles furent rapportées par les journaux croates (DN14,p.44)... Le 31 mai 1995, selon soeur Emmanuel, il dit à un groupe d'anglais : - "Priez pour que je puisse aller cette année à Medjugorje (DN 15). Ce témoignage et d'autres sont publiés dans DN 14, p.43-45 et 15, p.43-46.

Je ne pense pas que le désir du pape puisse se réaliser, vu l'opposition de l'évêque du lieu, car si le Pape a théoriquement tout pouvoir, il manifeste le plus grand respect aux autorités établies dans l'Église, selon le principe de subsidiarité : Que l'échelon supérieur doit éviter de se substituer aux échelons inférieurs tout en gardant sa liberté de confirmer, en privé, ses convictions.

OU VA-T-ON ?

A la question : Où va-t-on ? Que répondre ?

1. Medjugorje ne relève plus de la Conférence épiscopale yougoslave, présidée par le Cardinal Kuharic, qui avait assumé le pèlerinage. Mais il n'y a plus de Conférence épiscopale yougoslave et sa Commission a disparut de ce fait.

2. L'évêque du lieu, Mgr Peric appartient maintenant à la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine, présidée par le Cardinal Puljic. Celui-ci a toujours été solidaire de l'évêque du lieu qui est opposé, sans prendre formellement position. La nouvelle Conférence de Bosnie-Herzégovine ne comprend que trois évêques, l'un radicalement négatif (l'évêque du lieu), l'autre (le Cardinal président), normalement solidaire. La position du troisième Mgr Komarica, l'évêque persécuté de Banja Luka, président de la Commission d'enquête yougoslave, reste sibylline. Dans la Commission qu'il présidait, les experts favorables à Medjugorje ne se sentaient pas libres, ont confié certains d'entre eux à Mgr Franic.

L'évêque de Mostar aurait dit en privé à des interlocuteurs qui l'ont rapporté : " Durant la guerre, je n'agirai pas contre Medjugorje, mais après la guerre, ce sera sans doute le moment. "

Ce qui suspend son action négative feutrée, c'est qu'il n'ignore pas la position du Pape, discrète mais claire et bien connue. La situation de Medjugorje restera protégée moralement, tant que Jean-Paul II vivra.

Ce qui se passera après (le plus tard possible !) dépendra du prochain Pape.

A vues humaines, la perspective parait donc assez sombre. Mais elle était encore plus sombre lorsque Mgr Zanic annonçait son jugement négatif à différentes étapes que je n'ai pu détailler. Chaque fois le pire a été évité contre toute attente. La grâce de Medjugorje continue : jusqu'ici la Vierge Marie s'est montrée discrètement la plus forte, jusque dans le pire, qui abonda.

Sur une action officielle reconnue officiellement abusive contre les Franciscains

Un fait trop peu connu confortera ceux qui apprécient les grâces de Medjugorje. C'est que les répressions de l'autorité ecclésiastiques contre les franciscains, dont la paroisse de Medjugorje a subi artificiellement les contre coups et interférences, ont été parfois abusifs. Et l'un de ces abus a été officiellement reconnu et cassé par la Cour suprême de l'Église (analogue à nos Cour de Cassation) : La Signature Apostolique le 24 mai 1991 (R.Laurentin, Dernières Nouvelles 13, p.37.50) :

En bref, deux Franciscains avaient été condamnés par décision administrative, pour avoir continué leur activité pastorale à Mostar, près de fidèles qui ne voulaient recevoir les sacrements que des Franciscains. Ils avaient été exclus de l'ordre, relevés de leurs voeux et frappés de suspense (c'est à dire privés du droit de célébrer la messe et d'exercer les actes de leur sacerdoce). Ils allaient souvent prier à Medjugorje, et Vicka, par eux consultée, avait été jugée bien imprudente et fautive de dire, après avoir consulté la " Gospa ", que le jugement avait été précipité.

Les deux frères récusaient la sanction administrative, demandaient à être jugés, selon les lois de l'Église, et promettaient de s'y soumettre. Leurs divers appels ne recevaient pas de réponse. Le dernier, adressé le 2 septembre 1985 à la Signature Apostolique fut pris en considération. Mais, au début de 1986, un des plus proches collaborateurs du Pape arrêta : le fonctionnement de la justice sur ce cas où il était impliqué, car les responsables de l'Ordre franciscain ayant pris la décision sur sa ferme demande. Il se devait de les " couvrir ".

Les juges de la Signature Apostolique soucieux de l'indépendance statutaire de la justice, si bien établie dans l'Église comme dans tous les états civilisés avaient été choqués de cette pression administrative. De plus, peu après, le Pape (ignorant sans doute ce fait) avait nommé ce collaborateur, Préfet de la Signature Apostolique ce qui avait aggravé le malaise des juges. Trois ans après, le Pape sans doute mieux informé, transféra ce Cardinal à une autre Congrégation et les juges reprirent l'examen du dossier. Ils jugèrent, en toute honnêteté, que la déclaration administrative prise contre les frères était invalide et contraire au Droit Canonique, ce qui permit à l'un des frères, persécuté depuis 10 ans, mais fidèle, de reprendre ses fonctions. L'autre avait été si scandalisé par de déni de justice, et si déboussolé par une dépression prolongée, qu'il avait abandonné la vie religieuse et le sacerdoce, conformément (hélas !) à la décision administrative qui l'excluait de son Ordre, en annulant officiellement ses trois voeux dont celui de chasteté. Le jugement de la Signature Apostolique qui casse cet abus de pouvoir a mis un terme à cette irrégularité dans le fonctionnement de la justice suprême. Il est signé par 10 juges, dont 5 Cardinaux, le doyen du Sacré Collège en tête, car la Cour Suprême de l'Église se situe à un niveau plus élevé que celles des États. Les juges y sont les principaux gouvernants : des chefs de Dicastères, l'équivalent des Ministres de l'État.

Toutefois, par égard pour les hauts personnages impliqués dans cet abus de pouvoir, le tribunal suprême a publié ce jugement avec une annotation qui en interdit la publication : cela n'autorise pas à le reproduire avec ses justes attendus, mais seulement à en faire connaître les conclusions publiques.

Bref, si l'apparition de Medjugorje produit indiscutablement de bons fruits de conversion et de sainteté que nous connaissons tous, l'opposition à Medjugorje produit de mauvais fruits. Chacun peut y référer le seul critère de discernement donné par le Christ : On juge l'arbre à ses fruits... (Mt7;17-20 ; 12,33)

Prions donc la Gospa de continuer à protéger Medjugorje. Qu'Elle maintienne chez tous l'obéissance, le respect de l'évêque du lieu et des autorités, le sens de la paix, mais aussi la générosité et l'efficacité au service des lumières et fruits de Medjugorje : ce chef-d'oeuvre de Notre Dame en notre fin de siècle. Qu'Elle éclaire les hauts responsables de l'Église, comme Elle a éclairé le Pape Jean-Paul II lui-même.

1. 1(1) Paul M. Zulhener, Hermann Denz, Wie Europa lebt und glaubt, Düsseldorf 1993

2. 2 Roman Bleistein, Die jungen Menschen und die alte Kirche, Freiburg 1972.

3.

4. 4Brigitte und Peter L.Berger, In Verteidigung der bürgerlichen Familie, Frankfurt 1984.

5. 5 Paul M. Zulehner. Andréa Slama, Österreichs Männer unterwegs zum neun Mann ? BKMUJF, Vienna 1994.

 


Afin que Dieu puisse vivre dans vos cours vous devez aimer.