Medjugorje: un mouvement spirituel dans l’Église?

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Content of the article
  1. Medjugorje : est-ce un mouvement spirituel ?
  2. Medjugorje : un mouvement dans l’Église ?
  3. Actions prioritaires de première urgence

Medjugorje : un mouvement dans l’Église ?

Nous avons constaté que la source du mouvement de Medjugorje est spirituelle. Nous pourrions donc conclure que ce mouvement appartient à l’Église, puisque l’Esprit Saint, l’âme et le principe le plus profond de l’Église, rend spirituelle notre action humaine. L’expression centrale de la vie de l’Église est la célébration des sacrements. Ceci est particulièrement vrai pour Medjugorje : le centre absolu de la vie de la paroisse et des pèlerins est précisément la célébration de l’eucharistie. En ce qui concerne le sacrement de la confession, on dit avec raison que Medjugorje est le plus grand confessionnal du monde. Les paroissiens, les voyants et les franciscains sont tous des baptisés et des croyants, ils appartiennent à l’Église, ils sont l’Église. Par conséquent, ce mouvement est un mouvement de l’Église. Le théologien Paul Zulehner, que nous avons déjà mentionné, a visité Medjugorje il y a dix ans avec 40 étudiants en théologie. Voici comment il résume ses impressions : « Pour moi, Medjugorje est quelque chose comme un noviciat pour l’Église. C’est un lieu où l’on s’exerce aux expressions fondamentales de l’Église. Or, l’Église a deux aspects : elle est institutionnelle, organisée d’une manière hiérarchique, et elle est laos, le peuple de Dieu, les laïques. Ils ont leurs charismes particuliers, sont animés par l’Esprit Saint « qui distribue ses dons à chacun en particulier comme il entend ». (1Co 12,11) L’apôtre Paul dit la même chose dans une autre lettre : « Car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et les prophètes. » (Ep 2,20) La hiérarchie (les diacres, les prêtres, les évêques et le Pape en tant qu’évêque de Rome), mais aussi les prophètes (les femmes et les hommes, et même les enfants, remplis de l’Esprit Saint) appartiennent donc tous d’une manière inaliénable à l’Église. Dans les Actes des apôtres, il est dit : « Vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions. » (Ac 2,17b). Les porteurs des fonctions et les charismatiques, les prêtres et les prophètes, l’Église institutionnelle et le peuple, devraient donc travailler ensemble dans l’unanimité. Malheureusement, cela n’est pas toujours le cas. Les tensions et les conflits, où les uns ou les autres peuvent être fautifs, surgissent souvent. L’histoire de l’Église nous en offre de nombreux exemples. L’institution - lorsqu’elle ne parle pas de la plus haute instance et infailliblement - peut se tromper et se fermer aux vrais prophètes et prophéties. L’autorité de l’Église, par exemple, a brûlé Jeanne d’Arc comme hérétique, pour comprendre ensuite qu’elle était une sainte et qu’elle parlait au nom de Dieu. L’histoire de nombreux ordres religieux et de nombreuses communautés spirituelles dans l’Église montre que leurs fondateurs et fondatrices, animés par l’Esprit Saint, devaient rencontrer de fortes oppositions de l’Église institutionnelle avant d’être finalement reconnus. L’institution et les charismes, les fonctionnaires et les prophètes ont tous des missions que Dieu leur a confiées. Les prophètes, conscients d’être appelés et animés directement par l’Esprit de Dieu, doivent être fidèles à leur mission et, si c’est nécessaire, écouter plutôt Dieu que l’institution, lorsqu’elle veut les empêcher de parler - ce qui est parfaitement comparable à la situation des apôtres devant le Sanhédrin. (Cf. Ac 4,18-20) Quelles ne furent pas les difficultés et l’hostilité que Bernadette Soubirous dut supporter de la part des représentants de l’Église, avant que sa mission, après des années de doute, ne soit reconnue ! Combien d’incompréhension et de méfiance ont dû supporter les enfants de Fatima avant que l’Église ne se décide à reconnaître leurs apparitions et leurs messages ! L’institution de l’Église, quant à elle, a le devoir de vérifier si les prophètes et les prophéties viennent de Dieu, parce qu’il y a aussi de faux prophètes et de fausses prophéties.

En ce qui concerne le mouvement de Medjugorje, il s’agit d’un conflit que l’Église connaît bien. Les voyants savent que Dieu les a pris à son service, et ils témoignent de leurs expériences spirituelles, de leurs rencontres avec Notre Dame. Les pasteurs chargés de la paroisse de Medjugorje les ont examinés et sont convaincus d’avoir à faire à de vraies apparitions et messages provoqués par l’Esprit de Dieu. À Medjugorje même, l’institution apostolique (les prêtres et la paroisse) et le charisme prophétique (les voyants) sont unanimes. La confrontation a lieu à un niveau plus élevé de l’institution : d’un côté se trouve la paroisse de Medjugorje et le mouvement de Medjugorje, devenu mondial, qui la dépasse, et de l’autre, l’évêque de Mostar et la majorité de ses collègues de la Conférence épiscopale. Le conflit se manifeste clairement dans l’interview du cardinal Kuharić déjà mentionnée, qui constate : « La Conférence épiscopale maintient le jugement sur Medjugorje qu’elle a prononcé avant la guerre. Sur le fondement des recherches menées pendant trois ans, elle a constaté qu’il n’y a pas d’apparitions surnaturelles à Medjugorje. »

Regardons cette déclaration remarquable de plus près. La conférence épiscopale a maintenu en 1996 le jugement qu’elle avait prononcé dans la déclaration de Zadar, le 11 avril 1991. Ce jugement a été prononcé suite aux recherches que la Commission a menées durant trois ans, entre 1987 et 1990. Il est implicitement reconnu que les six premières années, ainsi que les six années pendant lesquelles il n’y avait pas de recherches à cause de la guerre, ne sont pas concernées. Et pourtant, le phénomène de Medjugorje a intensément vécu pendant ces douze ans ! Pendant les années de guerre, il a provoqué une résonance presque incroyable dans le monde entier, notamment dans le domaine de l’aide humanitaire pour la Bosnie-Herzégovine, organisée par les pèlerins inspirés par Medjugorje. Malgré le fait que la guerre ait presque atteint les portes du village, ce lieu d’apparitions a été préservé, et il est demeuré une oasis de paix. Peut-on ne pas signaler cela ? Dans l’atmosphère fortement passionnelle de la guerre, marquée par la haine et l’animosité, on entendait les propos suivants de la bouche de la voyante Vicka : « Nous devons aimer même les Serbes, nos ennemis ! » Est-ce explicable naturellement ? Ceux qui connaissent un peu les tentatives diverses et variées qui ont été faites pour élucider le phénomène de Medjugorje, s’étonnent du jugement rendu par la Conférence épiscopale, prononcé un peu à la légère, contestant l’existence d’apparitions surnaturelles à Medjugorje. Que dire du fait que tous les examens médicaux constatent la bonne santé psychologique des voyants ? Que dire du résultat des recherches scientifiques menées par le professeur Joyeux qui prouve que, pendant l’apparition, les jeunes se trouvent dans une vraie extase impossible à simuler, ni à provoquer artificiellement ? Que dire de centaines de guérisons qui, selon l’avis des médecins, ne peuvent pas être attribuées à la médecine, ou encore des innombrables conversions et expériences spirituelles qui transforment les incroyants éloignés de l’Église en chrétiens fervents ?

Et pourtant, on ne peut pas accuser la Conférence épiscopale d’irresponsabilité. Comment comprendre alors le manque de minutie dans ses recherches ? Personnellement, je n’ai qu’une seule explication : l’évêque de Mostar a su transmettre à la majorité de ses collègues son interprétation du phénomène de Medjugorje de telle manière, qu’ils se sont alignés à son jugement, ou n’ont pas prononcé le leur. Cette retenue est facilement compréhensible, puisque le phénomène de Medjugorje est lié au « cas d’Herzégovine » dans lequel les évêques sont confrontés aux franciscains. Or, si le cas de Medjugorje est si clair que ça, comme le dit Mgr Žanić dans sa prise de position du 30 octobre 1984, reprise dans une déclaration du 9 février 1990 - malgré la demande de Rome de s’en abstenir - que reste-t-il encore à examiner ? Nous pouvons donc ignorer les millions de pèlerins qui affluent vers Medjugorje. Nous pouvons minimiser leurs expériences, leurs conversions et leurs guérisons avec l’argument que les mêmes choses se passent ailleurs. Nous pouvons alors ignorer le sens de la foi des fidèles, que le Pape Pie XII estime si hautement qu’il ne prononce le dogme de l’Assomption de Marie qu’après avoir demandé à tous les évêques du monde d’examiner ce qu’en penseraient les fidèles de leurs diocèses. Si le phénomène de Medjugorje est suffisamment élucidé, nous pouvons nous passer d’autres recherches. Alors un évêque peut répondre à la question d’un journaliste : « Je ne m’intéresse pas à ce que croient les douze millions de pèlerins. Ce qui est décisif pour moi, c’est ce que disent les vingt évêques croates. »

Pour trouver la réponse à la question « si Medjugorje est-elle un mouvement dans l’Église », nous ne pouvons pas éviter de considérer un peu plus en détail l’opinion de Mgr Pavao Žanić, et de nous confronter à elle, d’autant plus que son successeur Ratko Perić la reprend, et que les autres évêques croates la partagent ou la tolèrent. L’évêque de Mostar est convaincu que Medjugorje n’est pas un mouvement dans l’Église, mais un mouvement contre l’Église. Il croit protéger l’Église de dommages éventuels en diffusant sa position. Dans la conclusion de sa prise de position du 30 octobre 1984, il écrit : Il est « moralement certain que, dans les événements de Medjugorje, il s’agit d’un cas d’hallucination collective ». Cette hallucination collective aurait été adroitement exploitée par un groupe de franciscains, dans le but de mettre la vérité et le droit de leur côté, contre l’évêque, dans la question de la distribution des paroisses (le « cas d’Herzégovine »).

D’après l’évêque, le principal coupable serait le père Tomislav Vlašić. Dans sa dernière prise de position du 9 février 1990, l’évêque dit : « Vicka Ivanković est la "voyante principale" des premières années, et c’est par elle que le créateur de Medjugorje, le frère Tomislav Vlašić, a lancé la plus grande part du mensonge sur Medjugorje. » Pour lui, Marija Pavlović n’est rien d’autre qu’« un jouet dans les mains de Vlašić ». L’évêque affirme à la fin : « C’est ainsi que Vlašić a manipulé tous les voyants. » Et pourtant, au début, l’évêque lui-même croyait aux apparitions. Il a publiquement déclaré : « Les enfants ne mentent pas. » Dans sa déclaration de 1984, il reconnaît avoir pensé que « puisque le scandaleux "cas d’Herzégovine" ne pouvait être réglé par les moyens humains, peut-être Dieu a-t-il fait descendre la Madonne pour chasser la désobéissance et pour ramener (les concernées) à l’obéissance et à l’amour de l’Église. » Qu’est-ce qui a alors provoqué ce changement chez lui ? Le cas des deux franciscains, Ivica Vego et Ivan Prusina, joue ici un rôle important. En raison de leur désobéissance, les deux vicaires ont été suspendus par l’évêque et exclus de l’ordre sur son intervention. À ce sujet et en réponse à une question, la Gospa aurait dit que l’évêque avait agi avec précipitation et qu’aucun des deux n’était coupable. Il semble que, à partir de ce moment, l’évêque était devenu un adversaire radical de Medjugorje. Dans sa déclaration de 1984, il dit que « les attaques de la Madonne contre l’évêque et sa défense des ex-franciscains de Mostar sont la preuve la plus forte contre l’authenticité des apparitions. » En résumé : une Mère de Dieu qui critique un évêque ne peut être la Mère de Dieu ! Deux remarques à ce sujet : dans l’histoire de l’Église, nous connaissons de nombreux exemples où les prophètes ont critiqué les autorités les plus hautes de l’Église. Par ex. : ce que les saintes femmes prophétiques Brigitte de Suède et Catherine de Sienne, envoyées par Dieu, avaient dit au Pape Grégoire XI, pour l’amener à revenir d’Avignon à Rome, dépasse de loin en critique et en exhortation ce que Mgr Žanić avait entendu. Il faut également souligner que les franciscains et les voyants avaient traité ces messages avec la plus grande discrétion, comme communications privées, et qu’ils ne les avaient eux-mêmes jamais publiés. Mgr Žanić lui-même s’est chargé de leur diffusion, probablement parce qu’il pensait qu’ils constituaient la preuve la plus forte contre l’authenticité des apparitions. Que chacun juge la force de cette argumentation. Deuxième remarque : dans le cas des deux franciscains, Vego et Prusina, Rome a pris une décision remarquable en considérant qu’ils étaient traités injustement. Ils étaient exclus sans que la procédure nécessaire soit engagée. N’est-ce pas là quasiment l’écho de ce que la Gospa aurait dit : « l’évêque a agi avec précipitation » ?

En condamnant le mouvement de Medjugorje, l’évêque de Mostar croit protéger l’Église. D’après lui, c’est un mouvement contre l’Église. Il écrit : « Le danger le plus grand est que, tôt ou tard, toute cette effervescence émotionnelle s’évapore comme un ballon ou une bulle de savon », ce qui aurait pour conséquence une grande désillusion et la méfiance envers l’autorité de l’Église. Or, jusqu’à présent, le ballon de Medjugorje n’a pas éclaté. Il continue à grandir et le mouvement de Medjugorje porte des fruits spirituels dans le monde entier. Et tout cela ne nuit pas à l’Église, mais lui apporte la bénédiction.

Ce que, au début de notre recherche, nous avons écrit avec un point d’interrogation : Medjugorje, un mouvement spirituel dans l’Église ?, peut maintenant, d’une manière argumentée, être écrit avec un point d’exclamation : MEDJUGORJE EST UN MOUVEMENT SPIRITUEL DANS L’ÉGLISE !

 


Afin que Dieu puisse vivre dans vos cours vous devez aimer.